21 février 2012

L'action et le direct



M. Leduc,

Soyez assuré que nous sommes honorés que vous vouliez vous entretenir avec nous au sujet de Pinkerton en vue d'écrire un article pour le Journal de Montréal – et que nous sommes très content d'apprendre que vous avez apprécié notre livre. Il s'agit pour nous d'un honneur, d'autant plus que nous ne nous attendions aucunement en l'écrivant à ce qu'il génère un tel enthousiasme.
 

Si, par la présente, nous nous devons de refuser votre invitation, c'est que nous nous voyons mal pour des raisons de principes accorder une entrevue à un média associé à Quebecor. Nous croyons qu'il est de notre devoir de nous opposer, par tous les moyens mis à notre disposition, à ce que nous percevons comme une guerre ouverte que mène son PDG Pierre-Karl Péladeau contre le financement public de la culture – que ce soit en publiant sur une base régulière les articles signés par Nathalie Elgraby-Lévy ou en offrant une tribune à Krista Erickson sur Sun TV News. Ces choix s'inscrivent dans une logique éditoriale globale qui est fréquemment défendue de manière déloyale, voire mensongère. 

Nous comprenons bien que vous n'êtes pas, en tant que journaliste, responsable des prises de position de votre employeur. Cependant, nous ne pouvons pas dissocier votre journal d'une vision sociale contre laquelle de tout cœur, en tout temps, nous nous insurgeons. Pour nous qui sommes issus du monde de la micro-édition, cette indignation va de soi. Elle est indissociable de ce que nous sommes en tant qu'artistes – et indissociable du milieu qui est le nôtre.

Si Quebecor désire à ce point étouffer les artistes, l'entreprise devra en retour se passer de leur collaboration. Il nous semble que ce raisonnement est on ne peut plus cohérent.

Nous sommes désolé d'avoir à décliner votre offre. Soyez certain que nous espérons pouvoir vous rencontrer dans de meilleures circonstances, pour parler de cette passion que nous avons en commun pour le neuvième art – que nous savons que vous défendez avec intelligence et rigueur.


Cordialement,

Alexandre Fontaine Rousseau
François Samson Dunlop

20 commentaires:

david t a dit...

respect * 10,000

Karim a dit...

Chapeau bas ! Vous me donnez envie de vous lire !

cybik a dit...

+1

Michel Savard a dit...

Des punks de principe qui ont de la classe ? J'achète.

Sonhedges a dit...

Respect!!!

Nico a dit...

Je m'incline.

FNo a dit...

Je n'ai pas assez long de bras pour lever mon chapeau aussi haut que je le voudrais.

louise vallée a dit...

chapeau! vous ne faites pas dans la langue de bois.

MartinPM a dit...

Bravo. J'aimerais que Scott Gomez en fasse autant.

Jessy Fuchs a dit...

excellent!!

Mathieu R. a dit...

J'aurais eu une approche un brin différente. Quebecor croit que l'argent public ne devrait pas financer les artistes. C'est donc le privé qui devrait les payer, non? J'aurais donc demandé d'être payé 50 000 $ pour l'interview.

Anonyme a dit...

Voilà une rigueur morale que je croyais disparue des moeurs artistiques depuis longtemps. Il faut continuer dans cette voie, absolument. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'idée selon laquelle il serait souhaitable que les artistes se laissent acheter par l'État, mais résister aux invitations de Québecor est déjà en soi un geste héroïque. Bravo.

Anonyme a dit...

Pardon pour mon désaccord... Un article dans Québécor est une opportunité d'obtenir une grande visibilité. La compagnie ne fait pas payer les personnes qu'elles interroge, elle diffuse l'information, et ce sont ceux qui achètent de la pub et les journaux qui paient. Québécor ne tire aucun bénéfice d'une entrevue journalistique et, selon moi, le refus de paraître dans un média de Québécor ne change rien pour l'entreprise. On ne pourra pas l'accuser d'être passée à côté de la nouvelle, elle a fait son bout de chemin. On peut juste accuser les auteurs de passer à côté d'une opportunité en se donnant une importance qui, au fond, ne fait aucune différence pour Québécor. N'oublions pas que Québécor détient une majeure partie des publications au Québec, que c'est la porte d'entrée vers les grands quotidiens, mais aussi les petits hebdos de région, TVA, le site Canoe et l'agence QMI qui peut diffuser la nouvelle dans le monde entier. Qu'elle prône ou non le financement des artistes, au moins elle leur accorde une place magistrale en matière de visibilité.

Anonyme a dit...

Je suis contre la liberté d'expression. Merci de bien vouloir publier mon commentaire

Anonyme a dit...

Brilliant!

Nicolas Bernier-Deslauriers a dit...

Brilliant

Nicolas Bernier-Deslauriers a dit...

oups... deux fois et deux fois corriger par l'autocorrecteur de cet ordi Melbournien... désolé... mais c'est vraiment génial! tiens autocorrecteur!

Anonyme a dit...

Chapeau

Anne-Karine a dit...

B-R-A-V-O!

Anne-Karine a dit...

B-R-A-V-O!